Vos ressources en partage, avec l’aide de Share & Smile

8 mois ago
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Entretien avec Clément HOSTACHE, fondateur de SHARE AND SMILE

 

Tech Ethic (TE) : Pouvez-vous en quelques mots nous présenter votre société?

CH : Nous sommes une entreprise de l’Economie Sociale et Solidaire, en démarche pour obtenir l’agrément ESUS. Share and Smile existe pour prendre soin des ressources, en les utilisant mieux. Nous aidons les hommes et les organisations à mieux utiliser les ressources qu’ils ont déjà. On dit que Share and Smile « réveille l’utilité qui dort dans vos ressources ».

Nous le faisons principalement de deux manières :

  • en facilitant le partage, la mutualisation (SHARE),
  • et en accompagnant la coopération, l’intelligence collective (SMILE).

Notre dernier bébé est Shareajob.pro, une plateforme solidaire qui aide à faire circuler les talents entre les structures en sureffectif, et celles en sous-effectif.

TE : Pouvez-vous préciser quel est le périmètre technico-fonctionnel de votre solution et à qui elle s’adresse en priorité ?

CH : Nous accompagnons aussi bien des entreprises que des associations ou des territoires, tant que ça sert le sens et que c’est dans nos domaines de compétence. Cela nous permet d’offrir gratuitement, ou contre un don libre en conscience, des services de mutualisation comme Shareajob à ceux qui en ont besoin.

Techniquement, Shareajob est une simple application web de petites annonces entre employeurs et salariés volontaires pour faciliter le prêt de main-d’œuvre.

On peut publier deux types d’annonces :

  • des missions, si on recherche des renforts
  • des renforts, si on a trop de bande passante ou du chômage partiel.

Si un autre employeur correspond à votre besoin, il va vous contacter via la plateforme, et vous pourrez discuter des modalités concrètes.

TE : Avez-vous une histoire qui illustre le principe ?

Oui !  Récemment, un ami dirigeant m’a confié rechercher des renforts à temps partiel sur deux domaines : un.e assistant.e commercial.e pour renforcer l’administration des ventes, et un.e technicien.ne de laboratoire de tests pour monter en puissance sur l’activité labo de sa structure. Il a publié deux annonces dans ce sens.

Quelques jours plus tard, il recevait Fatiha, qui travaille en temps partiel dans une école et cherchait un extra pour compléter. Elle commence son premier jour mercredi prochain (demain !). On cherche encore le second profil, mais c’est déjà super…

Un autre exemple de besoin, pas encore pourvu : une structure association d’accompagnement et de protection de l’enfance cherche beaucoup de renforts, notamment sur les métiers d’éducateur et de psychologue. A bon entendeur si vous connaissez quelqu’un dans ces domaines… 😉

TE : En quoi votre offre est-elle différente ? Quels en sont les différenciateurs clés et éthiques ?

CH : je considère que la possibilité de s’organiser pour mutualiser des ressources devrait être un bien commun, accessible à tous. Les fonctions de base de la plateforme Shareajob sont donc entièrement gratuites : pas de pubs, pas de revente de données.

Un point qui nous distingue aussi je pense, c’est la motivation qui nous a poussé à lancer Shareajob : nous avons pris conscience avec le confinement 1 que le sujet de l’emploi allait devenir de plus en plus difficile et anxiogène pour beaucoup de monde, et nous voulions contribuer à atténuer les impacts sociaux de cette crise.

En plus, au passage, en facilitant la circulation de talents sans précariser le travail, nous contribuons à réduire le « gâchis de talents ». J’ai observé pendant presque toute ma carrière des personnes visiblement pas à leur place et malheureuses à leur travail, et pour autant résignées à ne pas en changer. Peut-être qu’en explorant d’autres environnements, sans prendre le risque de quitter son sacro-saint CDI, certains trouveront une voie qui leur convient mieux… ?

TE : Quelle est votre modèle économique ?

CH : Nous tentons de financer le service de différentes manières :

  • Directement, par la contribution libre en conscience, et un peu plus tard la vente de trames commentées de contrats de prêt de main-d’œuvre pour faciliter la tâche à ceux qui n’ont pas de conseil juridique à leur disposition.
  • Indirectement, en proposant un travail d’animation territorial à une collectivité pour aller à la rencontre des employeurs et les sensibiliser à la démarche. En effet, un grand nombre d’entre eux ne sont pas au fait de ce dispositif du droit du travail, et sans cet effort de sensibilisation, n’auront jamais conscience de ce qu’ils y gagnent.

Pour être très honnête, ce n’est pas encore tout à fait stabilisé pour Shareajob.

TE : Quelles sont les défis qu’il vous reste à relever, et les limites actuelles de votre système ?

Je vois un défi opérationnel, et une limite éthique.

Le défi, c’est de sensibiliser suffisamment d’employeurs sur un territoire pour qu’ils s’en emparent et que la plateforme brasse assez d’annonces de missions ou de renforts.

Le partage de talents n’est pas ordinaire dans notre économie, et le prêt de main-d’œuvre est carrément méconnu. Il y a donc beaucoup de travail « d’évangélisation » comme disent certains enthousiastes de la tech, et nous n’avons pas de gros capitaux à brûler là-dedans.

Deux pistes pour répondre à ce défi : vendre le travail de sensibilisation à des territoires, et pour un passage à l’échelle plus massif, faire levier sur les contrats à impact « social bonds ». En effet, si notre solution permet d’éviter des licenciements en cas de crise, et contribue à baisser significativement le chômage partiel, ce sont des coûts évités colossaux pour l’Etat.

Nous en testons une dernière, qui semble prometteuse : le format webinaire, avec décryptage juridique et témoignage de salarié et employeur. Le premier sera vendredi 4 décembre à 11h. (infos : https://www.linkedin.com/events/webinaire-lepr-tdemain-d-oeuvre6732336690423189504/ )

La limite éthique, c’est une des deux conditions du prêt de main-d’œuvre : le volontariat du salarié (l’autre, c’est la non-lucrativité de l’opération).

Comment éviter les fameux volontaires désignés ?

Difficile de refuser, si entre les lignes on comprend que c’est ça, ou le licenciement économique car ça va mal. Ou encore pas de promotion, pas d’augmentation, etc…

Ma posture de base, c’est d’annoncer aux employeurs dès le départ qu’on ne tolèrera pas ça, et qu’en cas de doute, on les dénoncera tout de suite à la DIRECCTE.

OK super, mais si la conséquence, c’est justement le licenciement du salarié, je fais quoi ?  On se retrouve dans un dilemme conséquentialiste, une question d’éthique franchement pas facile. Je crois que le cas par cas sera nécessaire pour s’assurer de bien répondre à deux incontournables pour moi :

  • Empêcher d’éventuels abus d’employeurs
  • Et protéger réellement les salariés en cas de problème.

Cela étant dit, il y a relativement peu de chances que ça arrive. Je pense que les personnes qui prendront la peine de s’impliquer dans la plateforme sont sensibles aux valeurs qui y sont affirmée. D’ailleurs sur notre première plateforme Shareathlon, nous n’avons eu aucun litige sur le prêt de matériel sportif.

Ca confirme un principe qui nous est cher : « partons du principe que l’Homme est bon, tant qu’il ne nous prouve pas le contraire ». Et la beauté de ce principe, c’est qu’il fonctionne (jusqu’à un certain point certes) comme une prophétie auto-réalisatrice.

 

Liens utiles :

Le site de Share and Smile : www.shareandsmile.org

Plus d’informations sur Shareajob : http://shareandsmile.org/shareajob

Pour utiliser Shareajob : www.shareajob.pro

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