L’Institut du Numérique Responsable : accompagner et anticiper

3 mois ago
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Interview de Vincent Courboulay
Enseignant chercheur à La Rochelle Université
Directeur scientifique de l’INR

 

 

 



TechEthic (TE) : Mr Courboulay bonjour. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de vos activités ?

Vincent Courboulay (VC) : Je suis enseignant chercheur à La Rochelle Université, dans l’informatique. Je me suis spécialisé autour de la question du numérique responsable.

Dans cette démarche, j’ai aussi cofondé une association qui s’appelle l’Institut du Numérique Responsable (INR), dont je suis directeur scientifique, et dont l’objectif est de permettre l’échange, la montée en compétences, le partage autour des valeurs du numérique responsable.

TE : C’est une création destinée à accompagner l’évolution des entreprises, et de la société en général ? 

VC : Accompagner, voire parfois anticiper les problèmes. Nous avons fait le constat que de nombreuses organisations, pas seulement des entreprises (départements, agglomérations, régions…), voulaient aborder le sujet, mais ne savaient pas comment s’y prendre. Et parfois posaient des questions pour lesquelles il n’y avait pas encore de réponses.

Ces organisations, par exemple, ne voulaient pas se retrouver dans une situation comme avec la mobilité aujourd’hui, où l’on savait, mais on n’a rien fait, et où l’effort à réaliser aujourd’hui est d’autant plus grand.

Elles ne voulaient pas se retrouver face à un numérique omnipotent et omniscient.

L’idée, c’est d’anticiper les problématiques futures, pour ne pas se dire que l’on n’a rien fait alors qu’on aurait pu agir.

TE : Comment entrez-vous en contact avec ces collectivités ? Est-ce qu’elles s’adressent spontanément à vous ?

VC : Il y avait au départ quelques organisations ou entreprises très en pointe sur le sujet. Ces organisations nous ont permis de nous structurer, modestement, avec une petite association.

Puis le sujet a pris de l’ampleur, et nous avons apporté “du bois dans le feu” tout autant que d’autres organisations sont venues nous voir. Nous avons gagné en visibilité. Nous sommes donc de plus en plus repérables, plus par notre action que par notre prospection.

Nous n’avons pas d’action commerciale, pour faire adhérer à l’ INR. Nous nous contentons de dire ce que l’on fait, et de faire ce que l’on dit. Cela suffit pour apparaître sur les radars et être sollicités. 

TE : Est-ce que vos outils sont gratuits, ou y-a-t-il une contrepartie financière, une obligation d’adhésion ?

VC : On essaie dans la mesure du possible de ne pas avoir de contrepartie. Vous pouvez adhérer pour être au cœur de l’écosystème, et bénéficier en avance de phase du travail.

Si vous souhaitez seulement prendre les outils sur l’étagère une fois qu’ils sont sortis, vous êtes aussi les bienvenus.

Nous allons tout faire pour pouvoir pérenniser ce modèle. Mais certains services vont être réservés à nos membres, des prestations d’ “envies” plus que de besoin.

On ouvre le besoin au collectif, et l’on réserve les envies pour nos membres.

Tout ce qui répond à un besoin est mis à la disposition de tout le monde. Les formations, via les MOOC, les capsules de sensibilisation, la charte, le label, sont sur la place publique sans droit d’entrée.

Par contre, s’il s’agit de dire “moi j’ai envie de pouvoir piloter ma stratégie numérique responsable”, alors nous pensons de préférence que l’organisation est capable de payer et de devenir membre. 

TE : Quel est le nombre de membres actuellement ?

VC : On doit être entre 80 et 100 membres. Cela va de la PME à l’ONG, en passant par l’agglomération, le département, etc. 

Nous avons aussi un certain nombre d’organisations qui nous font confiance, sans être membres : ministères, ADEME…

Nous avons réussi, par la qualité de ce que l’on fait, à avoir un lien gagnant/gagnant avec eux. 

TE : Quels sont les sujets les plus “demandés” : souveraineté, gestion des données, consommation énergétique… ?

VC : L’année dernière, nos actions ont portées essentiellement sur la sensibilisation et la compréhension, notamment par l’intermédiaire des MOOC. 

Cette année, les choses sont différentes. La demande majeure peut se résumer ainsi : “Ok, on a compris. Maintenant, aidez-nous à mesurer”. 

La volonté des organisations, c’est le pilotage. Et le pilotage nécessite la mesure. On ne pilote que ce qu’on mesure. 

TE : Avez-vous réussi à fournir ces outils de mesure ?

VC : Nous avons lancé une grande campagne d’évaluation quantitative et qualitative, que nous avons appelé le “WENR”, “Nous numérique responsable”. Nous adressons un fichier, un formulaire, qui lorsqu’il est rempli permet de fournir l’impact environnemental de leurs services. 

TE : En dehors de ces aspects de mesure, est-ce que vous constatez derrière des effets concrets ? Des actions qui sont entamées ?

VC : Le premier des résultats concrets que les entreprises attendent, c’est des résultats financiers. Il est difficile par exemple de mesurer les retour sur investissement dans le domaine de la RSE. Par contre, rallonger la durée de vie des équipements, c’est très bon pour la planète, mais c’est aussi très bon pour le portefeuille. Eteindre les équipements informatiques la nuit et le week-end, c’est pareil : bon pour le portefeuille, et bon pour la planète.

Il y a donc un certain nombre de situations où l’on a un ROI qui est perceptible. Mais il y a aussi des démarches plus difficiles à quantifier, comme les chartes, RSE, labels, etc.

TE : Pensez-vous, du coup, que les changements ne sont à attendre que s’ils génèrent un ROI rapide ? Ou peut-on espérer malgré tout des démarches plus désintéressées ?

VC : Oui, on peut espérer pour plein de raisons. Pour des raisons législatives notamment, et réglementaires. Ou en réaction au rapport du GIEC qui vient d’être publié.

Ce n’est plus uniquement comptable. On peut aussi gagner en image de marque. 

TE : En ce qui concerne les clients finaux, ou les usagers des organisations, savez-vous si ceux-ci sont satisfaits et le manifestent ? 

Oui, pour les territoires le numérique responsable est important. La région Bretagne, la région Nouvelle Aquitaine ont fait des feuilles de route dans lesquelles figurent le numérique responsable. 

Pour les entreprises, là où l’on voit que c’est important, c’est que de plus en plus d’entreprises de conseil mettent dans leurs offres le numérique responsable. 

C’est la meilleure preuve qu’il y a une attente, puisqu’elles ne perdraient pas leur temps s’il n’y avait pas le marché qui suit. 

TE : M Courboulay, nous vous remercions.

 

Pour en savoir plus :
Le site de l’ INR

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