La collaboration un an après : l’impact de la crise Covid.

1 semaine ago
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Interview d’Alain Garnier, CEO – Jamespot.com

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CEO Jamespot

 

Laurent Hercé : Bonjour Alain Garnier. Vous êtes l’un des principaux acteurs des solutions de collaboration en France.
Un an après le début de la crise du Covid, comment jugez-vous l’évolution des usages en ce domaine ?

Alain Garnier : Au début, en mars 2020, il y a eu un effet de sidération chez les clients. Ils s’interrogeaient : « est-ce que je dispose des outils nécessaires pour passer en mode télétravail, forcé par l’état ? ».  Il y avait une angoisse liée à l’aspect fonctionnel, la solution, mais aussi et surtout liée aux réseaux.

Certains se demandaient si le réseau serait assez puissant pour que tout le monde soit connecté à distance. Mais en ce qui nous concerne, nous sommes une solution Cloud. Donc cette situation ne changeait rien pour nos usagers : quand tout le monde est connecté de l’extérieur, ça marche de la même façon.

D’ailleurs, paradoxalement, cela a même abouti pour certains à de meilleures conditions de connexion.  Un usager peut avoir un débit faible au bureau, mais un abonnement à la fibre à son domicile.

LH : Donc, de fait, vous n’avez pas constaté de cas d’entreprises limitées par leurs capacités réseau ?

AG : Non. Mais par contre, certains ont dû revenir sur des limitations mises en place précédemment. Par exemple, même pour une solution Cloud comme la nôtre, il peut arriver qu’une entreprise limite l’accès à la solution, en l’interdisant depuis l’extérieur (en se basant sur les adresses IP).

Le Covid a obligé tout le monde à ouvrir ces accès. Et manifestement sans problème, puisque personne ne semble revenir en arrière.

LH : Et une fois passée cette période de sidération ?

AG : La première réaction, c’était : « je veux que tout fonctionne comme avant ».  Puis, on a constaté une évolution des usages, avec une augmentation importante de l’utilisation de nos plateformes et solutions. Jusqu’à 50 ou 100% de croissance de l’usage, ce qui est énorme.

C’est notamment dû à un phénomène simple : la présence de tous sur les applications. La situation obligeait chacun à être connecté, donc tout le monde pouvait échanger avec tout le monde. D’où l’usage en forte croissance.

Maintenant, nous constatons un autre effet : chacun prend conscience que ce ne sera plus comme avant. Il ne s’agit plus seulement de reproduire un état existant antérieurement. Quand on passe en mode « remote », on travaille autrement. On fait des réunions autrement.

 

Il y a un besoin de connaître et communiquer sur le rôle de chacun dans ce contexte où l’entreprise est « éclatée ».

 

LH : Donc, vous constatez de nouveaux usages ?

AG : Oui. Par exemple, nous avons un outil visuel permettant l’usage de « cartes » lors des réunions, pour attribuer des tâches ou autre. En présentiel, à 4 personnes, il est peu utilisé : chacun comprend ce qui incombe à l’autre. Mais à distance, avec de nombreux collaborateurs, cet outil devient essentiel. Quand chacun est chez soi, il faut matérialiser plus.

Nous constatons donc un usage plus important de tous les tableaux de management. Un autre outil qui est très apprécié en cette période de télétravail, c’est le badge. Il permet de matérialiser le rôle de chacun dans l’entreprise ou sur un projet. Nous constatons une forte demande sur ce module.

Il y a un besoin de connaître et communiquer sur le rôle de chacun dans ce contexte où l’entreprise est « éclatée ».

Nous avons aussi sorti une nouvelle application « enquête ». Dans une entreprise en temps normal, il est assez facile de « prendre la température » en se promenant dans les couloirs, en échangeant. A distance, c’est compliqué.

LH : Une forme d’acceptation du contexte ?

AG : C’est cela, les collaborateurs ont accepté cet état de fait, et sont conscients qu’il va falloir changer leurs habitudes. Ils savent que l’on est passé sur une entreprise décentralisée.

LH : Des freins psychologiques ont été levés ?

AG : Forcément, d’autant que nous sommes passés par une obligation. Les français doivent parfois passer par ce stade pour changer.

LH : Selon vous, peut-il y avoir un retour en arrière désormais ?

AG : La réalité est toujours assez subtile. Il y aura probablement des volontés de retour en arrière, mais minoritaires par rapport à la tendance générale.

On peut imaginer que certains managers vont pousser à un retour en arrière, en pensant garder un meilleur contrôle. Mais lorsqu’on a goûté à ce nouveau type de travail, avec plus de liberté et de lâcher prise, on y prend goût.

Par ailleurs, certaines prises de décisions sont facilitées par l’usage des outils collectifs.

Un client me signalait qu’il passe habituellement une journée entière au minimum pour les prises de décisions et les arbitrages dans son entreprise. Dans ce contexte de télétravail, il ne lui faut plus que 3 séances de 40 mn pour le même résultat. En effet, ces décisions peuvent être « timées » et parallélisées. C’est un gain de temps considérable.

Sur ce type d’usage, on ne reviendra pas en arrière : le gain d’efficacité est trop important.

 

S’il y a un seul usager numérique, tout devient numérique.

 

LH : Mais peut-on envisager un retour partiel en arrière, avec moins de télétravail, mais les mêmes outils de collaboration ?

AG : Même si l’on revient à moins de télétravail, ce qui est logique, les usages auront profondément changé. Par exemple, il y aura toujours dans une réunion, dans le travail quotidien, des collaborateurs concernés qui sont en télétravail à un moment donné. Ce qui va obliger, ou encourager, à utiliser au maximum les outils de collaboration.

L’outil numérique sera le meilleur moyen de faire quelque chose collectivement. S’il y a un seul usager numérique, tout devient numérique.

LH : Est-ce que cette crise a provoqué l’afflux de nouveaux usagers, qui ne pratiquaient pas la collaboration ?

AG : ça c’est un mythe. A mon sens, tout le monde faisait déjà de la collaboration avant. Mais ils le faisaient avec des outils basiques : mails, téléphone, réunion autour d’une table…

Nous laissons aux grands outils standards leur rôle, pour ceux à qui cela convient. Mais nous nous adressons plutôt à ceux qui veulent aller au-delà, vers une collaboration étendue, beaucoup plus poussée.

LH : Les solutions Jamespot ont-elles été beaucoup modifiées suite à cette crise ? Ou bien disposiez-vous déjà des outils nécessaires pour répondre à cette nouvelle demande ?

AG : À 80%, tout était déjà prêt. Mais nous avons été amenés à créer des choses que nous n’aurions pas imaginées précédemment.

Par exemple, nous avons créé un module de gestion de présence. Il permet à chacun de pouvoir indiquer s’il sera présent à un moment donné dans un lieu donné. Ceci afin de permettre le respect des jauges de présence imposées par le gouvernement.

Ce qui a changé aussi, c’est le rapport de nos clients avec les avancées éventuelles de nos solutions. Nous avions beaucoup de modules déjà en attente dans notre « road map ». Mais aujourd’hui, ce sont parfois nos clients qui nous demandent : « pourquoi ce n’est pas encore réalisé ou disponible ? ».

La demande est désormais plus forte, sur des sujets qui n’intéressaient personne il y encore peu de temps. Nous travaillons aussi beaucoup sur les « micro features », en relation directe avec les usages actuels de nos clients.

LH : Pour aller au-delà du contexte actuel, quel va être l’avenir de ces outils de collaboration ? Des ouvertures par exemple sur de nouveaux usages, tels que la réalité virtuelle ?

AG : En collaboration, le besoin, c’est de ressentir et de percevoir de manière immédiate ce que fait l’autre. C’est déjà l’idée dans le système de cartes que je mentionnais tout à l’heure. Pour aller plus loin, il faudrait effectivement prolonger cela, voir les autres intervenants en train de bouger les cartes. Co-construire des schémas ensemble.

Il y a une demande de réalité partagée. Le problème du casque virtuel, c’est qu’il enferme, qu’il crée un monde totalement virtuel, pas forcément agréable.

L’écran classique est une forme de réalité virtuelle, mais il laisse notre corps dans un espace réel.

Donc si l’on va effectivement dans cette direction virtuelle, je crois toujours plus à la réalité « augmentée », qu’au casque de réalité virtuelle.

Mais la tendance est là : la réalité partagée, pour collaborer plus efficacement, en entreprise ou ailleurs.

LH : Alain Garnier, je vous remercie.

 

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