Election américaine : les GAFAM, menaces sur le débat public ?

1 semaine ago
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De nombreuse échéances électorales approchent, aussi bien en France qu’à l’étranger.
On pense bien sûr à l’élection présidentielle aux Etats Unis, mais aussi aux élections françaises qui vont s’échelonner du printemps 2021 au printemps 2022.

Nous avons tous en mémoire la façon dont le scrutin américain a été biaisé lors de la dernière élection.
En cause, l’usage de données personnelles issues de Facebook, par l’intermédiaire de Cambridge Analytica.

Le lanceur d’alerte Christopher Wylie n’avait que 27 ans à l’époque où il a révélé l’ampleur du scandale de vol de données, de profilage d’électeurs et d’ingérence politique auquel il avait contribué en tant qu’ancien directeur de la recherche de l’entreprise britannique.

En mars 2020, il a publié Mindfuck. Le complot Cambridge Analytica pour s’emparer de nos cerveaux (Grasset). Un ouvrage qui dissèque par le menu les coulisses d’une entreprise globale de déstabilisation politique […]

Deux ans après l’affaire qui a conduit plusieurs des grands patrons de la Silicon Valley devant le Congrès américain, et a valu à Facebook l’amende record de 5 milliards de dollars, Christopher Wylie poursuit son parcours de lanceur d’alerte. […]

la majorité des discussions qui ont trait à des sujets publics, comme la gestion de la pandémie, se tiennent sur des plateformes privées comme Facebook.

Une parole publique confisquée

Hyper-segmentation, profilage psychologique, exploitation des biais cognitifs […]. Les techniques utilisées lors de la dernière élection, et imaginées et mises en œuvre par Cambridge Analytica continuent d’être appliquées, autant par des entreprises que des gouvernements. Pour Christopher Wylie, elles ont très largement contribué à fragmenter durablement les groupes sociaux. « Ces méthodes sont essentiellement de la ségrégation. Les individus deviennent incapables d’éprouver le sentiment de cohésion, d’identité commune partagée qui est le propre de toute nation », prévient-il. À moins de cinquante jours de la prochaine élection présidentielle américaine, et alors que d’autres élections majeures se déroulent en Bolivie, au Chili ou au Burkina Faso cet automne, le lanceur d’alerte estime que les menaces qui pèsent sur les démocraties sont importantes.

[…] Lorsqu’une entreprise est capable de s’immiscer dans la vie quotidienne des gens, en agrégeant des centaines de kilos octets de données à leur sujet, et qu’elle est aussi en mesure de les écouter en temps réel via la somme d’objets connectés qui compose désormais notre environnement quotidien, alors le débat public perd de sa vigueur pour ne devenir qu’une somme de conversations privées. « La parole et le débat public sont des piliers des démocraties », rappelle le lanceur d’alerte. Mais on le voit aujourd’hui : la majorité des discussions qui ont trait à des sujets publics, comme la gestion de la pandémie, se tiennent sur des plateformes privées comme Facebook. « A-t-on vraiment envie de confier la gestion de la parole publique à un milliardaire de la Silicon Valley ? A-t-on vraiment envie de faire de Mark Zuckerberg le seul arbitre de nos prises de décisions politiques, et donc in fine de notre processus électoral ? […]

Des législateurs en queue de peloton

[…]  De fait, la politique de Facebook en matière de régulation de la parole politique sur sa plateforme n’a quasiment pas évolué depuis l’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès en avril 2018. L’amende record infligée à l’entreprise par la FTC (Federal Trade Commission) américaine n’a eu aucune incidence sur la capitalisation boursière de l’entreprise, qui continue son ascension stratosphérique. […]

Pour Christopher Wylie, la bataille face aux GAFAM est donc autant juridique que politique. Face à des entreprises d’une taille inédite, dont les intérêts sont à ce point mêlés à d’autres enjeux comme les infrastructures du numérique ou l’équilibre géopolitique, les lois en vigueur sont au mieux insuffisantes, au pire inefficaces. Le lanceur d’alerte appelle donc les régulateurs à mettre en place un cadre légal radicalement nouveau, adapté à ces multinationales pharaoniques. « Plutôt qu’une réflexion sur le fait de démanteler Google ou Facebook, je pense qu’il faut faire évoluer nos législations, mais surtout en créer de nouvelles qui sont adaptées aux enjeux de l’époque. » […]

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