Pendant vingt ans, le .com a incarné “l’adresse par défaut” du web. Or, depuis quelques années ( et plus nettement encore en Europe ) on observe un rééquilibrage au profit des ccTLD (extensions nationales), dont le .fr est devenu l’un des cas d’école.
Ce mouvement n’est pas qu’un détail technique : il dit quelque chose de la confiance, de la localisation et, de plus en plus, d’une forme de souveraineté numérique.
Un .fr qui consolide, même en phase de maturité
Côté français, les chiffres sont clairs : au 31/12/2024, on compte 4 216 786 noms de domaine en .fr, avec une croissance annuelle de +2,0%. La dynamique de créations reste élevée, avec 802 202 nouvelles créations en 2024, et un taux de maintenance de 82,6% (capacité à conserver les titulaires d’une année sur l’autre).
Signe encore plus parlant : le .fr pèse 40,4% de part de marché en France, un plus haut historique selon l’Afnic. Autrement dit, toutes extensions confondues, près d’un domaine sur deux enregistré/actif en France relève désormais de l’extension nationale.
Dans le paysage européen, le .fr se situe dans le peloton de tête : l’étude Afnic sur le marché mondial 2024 place le stock .fr à 4,2 millions (2024), en hausse d’environ +0,1 million sur un an.
Un .com qui s’effrite
En parallèle, le .com n’est pas en chute libre, mais il perd son évidence. L’Observatoire Afnic sur le marché mondial relève qu’en 2024, le .com perd 3,5 millions de noms de domaine — “la pire année de son histoire” — soit -2% de son stock, avec un taux de maintenance tombé à 76,4% (plus bas historique), dans un contexte de hausses de prix successives.
Cette baisse de “rétention” est fondamentale : elle signifie que davantage d’acteurs considèrent que le coût/valeur d’un .com n’est plus systématiquement favorable, surtout quand l’activité est d’abord nationale (PME, collectivités, associations, commerce local, services de proximité).
À l’échelle globale, le .com reste colossal : au 31/12/2025, la base .com est à 161,0 millions de domaines (et .net 12,5 millions). Mais cette domination coexiste avec une autre réalité : la croissance se diffuse vers d’autres segments (ccTLD, nouveaux gTLD, etc.).
L’Europe, laboratoire des extensions nationales
L’Europe est un terrain très favorable aux ccTLD. D’après CENTR, les pays de l’UE totalisent au moins 82 millions de domaines enregistrés (2023), et les ccTLD européens représentent une part de marché médiane d’environ 54% (sur la base des domaines enregistrés localement).
Le même rapport note que le .com stagne en Europe et recule dans la plupart des pays, tandis que les gains se font souvent sur les extensions nationales (.pl, .fr, .it…).
Ce point est clé : l’arbitrage “.com vs extension nationale” n’est pas qu’une question marketing. Il reflète :
- des usages plus locaux (langue, droit, fiscalité, services),
- une recherche de signal de confiance pour l’utilisateur,
- et parfois une volonté d’alignement avec des politiques de résilience et de préférence européenne.
Le centre de gravité du web se déplace
En volume, le marché mondial continue d’augmenter, mais plus lentement : l’Afnic estime à 372 millions le nombre de domaines à fin 2024 (+1,5%). Et le Domain Name Industry Brief (DNIB) annonce 386,9 millions de domaines à fin T4 2025 (+6,2% sur un an).
Autrement dit, l’enjeu n’est pas “moins de domaines”, mais “où va la création nette, et quelles extensions fidélisent”. Dans ce cadre, le .fr combine aujourd’hui trois avantages : stock significatif, croissance positive, rétention élevée.
Ce que ça change pour les organisations
Pour une entreprise française, une collectivité ou une association, choisir le .fr devient un acte à la fois pragmatique et symbolique :
- pragmatique, car il maximise souvent la pertinence locale (marque, mémorisation, attentes des publics) ;
- symbolique, car il signale un ancrage et, potentiellement, une démarche de confiance et de sobriété (moins de “brand squatting”, moins d’extensions défensives, stratégie plus lisible).
Le .com demeure utile — notamment pour l’international, l’e-commerce export ou la protection de marque — mais il n’est plus la réponse automatique.
La montée du .fr illustre un web qui se “re-territorialise” partiellement : non pas contre l’ouverture d’Internet, mais pour mieux articuler identité, responsabilité et confiance.
















